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Accueil Guides & stratégiesFondations privées au Québec : ce qu’il faut comprendre avant d’envoyer la première lettre
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Fondations privées au Québec : ce qu’il faut comprendre avant d’envoyer la première lettre

par Adama Diop 22 juin 2026
par Adama Diop 22 juin 2026 65 vues Partager
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Table des matières

  • Le réflexe qui fait perdre des mois
  • Ce qui distingue vraiment une fondation d’un programme public
  • Les priorités stratégiques : la clé que les agrégateurs ne donnent jamais
  • La théorie du changement comme passeport
  • Les indicateurs que cherchent vraiment les fondations
  • L’évolution récente : les critères ESG et la philanthropie d’impact
  • La lettre d’intention : un premier test plus qu’une formalité
  • La construction de relation : ce qui se joue avant la première lettre
  • Le piège du « tour des fondations »
  • Quand cette logique ne s’applique pas
  • Reprendre la main sur votre démarche philanthropique
  • Panorama : 21 bailleurs qui financent au Québec sans appel de projets public
  • Téléchargez les infographies (référence libre)
  • Méthodologie et sources

Mise à jour — 26-07-2026. Précision : Centraide (du Grand Montréal) ne devrait pas figurer parmi les « grandes fondations privées » aux côtés de Chagnon, McConnell, Trottier et Saputo. Centraide est un organisme philanthropique fédéré, reconnu comme fondation publique, qui recueille des dons du public et redistribue les sommes à un réseau d’organismes au terme d’un processus d’analyse ; on n’y accède donc pas par une simple lettre de sollicitation adressée à une fondation privée. Source : Centraide et le registre des organismes de bienfaisance de l’Agence du revenu du Canada.

Le réflexe qui fait perdre des mois

Quand une direction générale décide de chercher du financement auprès d’une fondation privée, le réflexe est souvent le même : on identifie une fondation dont le secteur d’intervention semble correspondre au projet, on consulte son site, on télécharge le formulaire ou la procédure, et on rédige la demande. Si rien ne fonctionne, on tente la fondation suivante. À la troisième ou quatrième tentative sans succès, on conclut que les fondations privées ne sont pas pour soi.

Cette séquence donne presque toujours le même résultat, et ce résultat n’a rien à voir avec la qualité de votre projet ou de votre rédaction. Il a tout à voir avec une logique de financement qu’on n’a pas comprise avant de partir. Une fondation privée n’est pas un programme public déguisé, et la traiter comme tel — répondre à un appel, remplir un formulaire, attendre la décision — escamote ce qui rend justement le financement philanthropique différent : la relation, la cohérence stratégique avec les priorités de la fondation, et la lecture fine de signaux qui ne sont pas dans le formulaire.

Les fondations privées au Québec représentent un univers riche et accessible — Lucie et André Chagnon, McConnell, Centraide, Trottier, Saputo, et plusieurs centaines de fondations communautaires et familiales —, mais cet univers a ses règles propres. Les comprendre avant de partir n’est pas un détour facultatif : c’est la condition pour que la démarche ait une chance de produire des résultats. Sans cette compréhension préalable, le temps investi dans les demandes est très largement perdu.

Cet article propose de prendre ce temps avant la rédaction. Pas pour vous donner une liste de fondations à viser — chaque organisme construit la sienne en fonction de son secteur, de sa taille et de ses besoins —, mais pour vous donner les clés de lecture qui transforment une démarche tâtonnante en démarche stratégique.

Ce qui distingue vraiment une fondation d’un programme public

Pour comprendre la différence, il faut nommer les éléments structurels qui rendent ces deux mondes incomparables, même quand ils financent en apparence les mêmes choses.

Un programme public est conçu pour traiter un volume de demandes selon des critères standardisés. Il a un cadre formel — guide du demandeur, formulaire imposé, échéances fixes, grille d’évaluation publiée. Sa logique est administrative : chaque demande est traitée comme un dossier qu’on compare à des critères, et la décision se prend dans un délai prévisible. La relation entre l’organisme et le bailleur est, le plus souvent, fonctionnelle : pas de discussion approfondie avant le dépôt, pas de négociation, pas d’ajustement après réception.

Une fondation privée, à l’inverse, fonctionne sur une logique beaucoup plus discrétionnaire et relationnelle. Sa direction philanthropique a des priorités stratégiques qui évoluent dans le temps, des convictions sur la façon dont le changement se produit, et une vraie latitude pour choisir ce qu’elle finance et comment. La rédaction d’un dossier compte, mais elle compte moins que la cohérence entre votre projet et ce que cette fondation cherche réellement à accomplir. Et cette cohérence ne se lit ni dans un guide ni dans un formulaire — elle se construit par une compréhension approfondie de la fondation, qui demande du temps avant de produire des résultats.

Cette différence a une conséquence pratique majeure. Avec un programme public, vous pouvez décider de déposer relativement tard dans le cycle et avoir une chance raisonnable de succès si votre dossier est bon. Avec une fondation, déposer sans avoir construit en amont une compréhension de ce qu’elle veut, sans avoir initié de relation, sans avoir testé la pertinence de votre projet auprès d’elle, c’est généralement perdre son temps — votre lettre arrivera, sera lue rapidement, et sera classée sans suite. Pas parce que votre projet est mauvais, mais parce que la fondation n’a aucun moyen de mesurer sa valeur réelle sans le contexte que vous n’avez pas pris le temps de poser.

Ce que ça change pour vous : avant de cibler une fondation comme bailleur potentiel, demandez-vous combien de temps vous êtes prêt à investir dans la compréhension préalable. Si la réponse est « zéro, je veux juste déposer une demande », vous êtes probablement mieux servi par un programme public. Si la réponse est « plusieurs mois si nécessaire, parce que je vois la valeur stratégique d’une relation philanthropique », alors vous pouvez engager la démarche avec une chance réelle de succès.

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Les priorités stratégiques : la clé que les agrégateurs ne donnent jamais

Une distinction essentielle qu’il faut comprendre dès le départ : les fondations privées ne financent pas tout ce qui correspond, en apparence, à leur secteur affiché. Elles financent ce qui correspond à leurs priorités stratégiques du moment.

Ces priorités stratégiques sont définies par la direction de la fondation, souvent avec un horizon de trois à cinq ans, et elles précisent ce que la fondation veut accomplir dans son champ d’intervention. Elles peuvent porter sur une approche particulière (par exemple, agir en amont plutôt qu’en réparation), sur un public spécifique (par exemple, les communautés racisées), sur une géographie (par exemple, certaines régions du Québec), ou sur un type d’organisme (par exemple, ceux qui démontrent une capacité d’innovation). Ces priorités sont parfois publiées sur le site de la fondation, mais souvent de manière partielle ou en termes généraux qui ne suffisent pas à comprendre ce qui se joue vraiment.

Le travail préalable consiste précisément à découvrir ces priorités, au-delà de ce qui est écrit publiquement. Cela se fait en lisant attentivement les rapports d’activités récents de la fondation, ses communications publiques, les annonces de projets qu’elle a financés dans les dernières années. Cela se fait aussi, et c’est l’investissement le plus rentable, en parlant à des organismes qui ont obtenu du financement de cette fondation. Quelques conversations vous apprendront en quelques heures ce que des semaines de lecture publique ne suffiraient pas à révéler.

Ce que ça change pour vous : avant de déposer quoi que ce soit, faites le travail de cartographie des priorités stratégiques de la fondation visée. Si votre projet ne s’inscrit pas clairement dans ces priorités, vous avez deux options légitimes : reformuler votre projet pour qu’il s’y inscrive — à condition que ce soit honnête et cohérent —, ou viser une autre fondation. Ce que vous ne devriez pas faire, c’est déposer en espérant que la fondation reconnaîtra l’intérêt de votre projet malgré l’écart. Elle ne le fera presque jamais.

La théorie du changement comme passeport

S’il y a un élément que les fondations québécoises et canadiennes regardent avec une attention particulière, c’est la théorie du changement de l’organisme qui leur écrit. Ce concept, que nous avons développé dans notre article sur la construction d’un cadre logique solide, prend ici une importance particulière, parce qu’il répond exactement aux questions que pose la direction philanthropique d’une fondation.

Une fondation veut savoir : quel changement social votre organisme cherche-t-il à produire ? Par quelle chaîne de causalité ? Avec quelle articulation entre vos activités et le résultat visé ? Ces questions, vous les avez peut-être posées en interne pour structurer votre projet. Mais les présenter explicitement dans votre demande à une fondation, sous la forme d’une vraie théorie du changement avec ses hypothèses et ses chaînons, change la perception de votre dossier de manière significative.

Cette pratique est encore rare dans les demandes adressées aux fondations québécoises. Beaucoup d’organismes décrivent leurs activités et leurs résultats attendus, mais peu construisent et présentent une théorie articulée de la transformation visée. Ceux qui le font se distinguent. Pas seulement parce que leur dossier est mieux structuré — mais parce que cela leur permet de poser au bailleur des questions de fond sur l’adéquation entre leur théorie et les priorités de la fondation, qui ouvrent une conversation plus mature que la simple soumission d’un projet.

Ce que ça change pour vous : avant d’écrire à une fondation, formalisez votre théorie du changement. Une page suffit, mais elle doit être rigoureuse — articuler vos activités à des effets intermédiaires, puis à un changement de fond, en nommant les hypothèses qui sous-tendent cette chaîne. Cette pièce devient ensuite la colonne vertébrale de toutes vos communications avec la fondation, et elle vous distingue immédiatement de la majorité des dossiers que la direction philanthropique reçoit.

Les indicateurs que cherchent vraiment les fondations

Une fois la théorie du changement posée, la question devient : comment démontrer qu’elle produit réellement le changement annoncé ? C’est ici que les indicateurs de mesure d’impact jouent un rôle décisif, et que les fondations se distinguent à nouveau des programmes publics.

Un programme public est généralement satisfait d’indicateurs de réalisation — nombre de participants, nombre d’activités, heures de service rendues. Ces indicateurs comptent ce que vous avez fait. Une fondation, en revanche, veut presque toujours aller plus loin : elle veut savoir ce qui a changé chez les personnes ou dans la communauté que vous avez servies. La différence entre « 250 jeunes ont participé à nos ateliers » et « 78 pour cent des participants ont amélioré leurs habitudes de gestion budgétaire six mois après » paraît subtile — elle est en réalité fondamentale.

Cette exigence n’est pas un caprice. Elle vient de ce que les fondations privées doivent rendre compte de l’usage de leurs fonds à leurs propres parties prenantes — donateurs, conseil d’administration, parfois opinion publique —, et qu’elles ne peuvent le faire de manière crédible que si elles peuvent démontrer un impact réel, pas seulement de l’activité. Vos indicateurs d’impact deviennent donc, indirectement, les leurs. Et plus vous facilitez leur capacité à raconter votre histoire en termes d’impact, plus vous augmentez vos chances d’être financé par elles.

Ce que ça change pour vous : investissez dans la mesure réelle de votre impact, pas seulement de votre activité. Si vous n’avez aucun indicateur d’impact au moment où vous démarchez une fondation, votre dossier sera structurellement faible — même si vos activités sont excellentes. Construisez quelques indicateurs simples mais rigoureux, et présentez-les en parallèle de vos indicateurs d’activité. La différence dans la perception de votre organisme par la fondation est immédiate.

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L’investissement en amont : le succès d’une demande à une fondation se joue 12 à 18 mois avant la lettre.

L’évolution récente : les critères ESG et la philanthropie d’impact

Le paysage des fondations privées au Québec évolue, et l’une des évolutions les plus structurantes des dernières années est l’intégration progressive de critères de type ESG — environnement, social, gouvernance — dans les décisions de financement. Cette tendance, que nous avons décrite dans notre article sur l’évolution des critères ESG dans la philanthropie québécoise, change la nature des questions que les fondations posent.

Concrètement, cela signifie que de plus en plus de fondations vous demanderont non seulement de démontrer la pertinence de votre projet, mais aussi la cohérence interne de votre organisme avec les valeurs que la fondation porte. Comment votre gouvernance est-elle structurée ? Quelle place font-elle aux personnes que vous servez ? Quels sont vos engagements en matière d’équité, de diversité, d’inclusion ? Quelle est votre empreinte environnementale ? Ces questions, qui paraissaient marginales il y a dix ans, deviennent centrales pour de nombreuses fondations aujourd’hui.

Cette évolution a deux conséquences. D’abord, elle valorise les organismes qui investissent dans leur cohérence interne — pas seulement leur excellence opérationnelle. Ensuite, elle disqualifie progressivement les organismes qui demandent aux fondations de financer des projets sans tenir compte de l’alignement plus large entre leurs pratiques et les valeurs portées par la philanthropie d’impact.

Ce que ça change pour vous : avant de démarcher une fondation, faites un audit rapide de votre cohérence interne sur ces dimensions. Si des écarts importants existent entre vos pratiques et ce que la fondation valorise publiquement, ils seront probablement repérés. Mieux vaut soit travailler ces écarts en amont, soit cibler une fondation dont les valeurs sont plus en phase avec votre situation actuelle.

Les cinq signaux d'alignement à vérifier avant la première lettre
Les cinq signaux d’alignement : priorités, valeurs ESG, théorie du changement, indicateurs, relation préalable.

La lettre d’intention : un premier test plus qu’une formalité

Beaucoup de fondations québécoises demandent, avant le dépôt d’une demande complète, l’envoi d’une lettre d’intention — un document court qui présente l’organisme, le projet et la demande de financement. Cette pratique, souvent vécue comme une étape administrative supplémentaire, est en réalité l’occasion la plus importante de votre démarche.

La lettre d’intention sert à la fondation à filtrer les demandes qui ne s’inscrivent pas dans ses priorités. Elle sert à vous, en retour, à tester votre projet auprès de la fondation sans engager le travail considérable d’une demande complète. Si votre lettre obtient un retour positif et une invitation à déposer un dossier complet, vous savez que la cohérence stratégique de base est établie. Si elle obtient un refus poli, vous avez économisé des semaines de travail sur un dossier qui n’aurait pas abouti. Et si elle obtient une réponse nuancée — « votre projet est intéressant, mais voici les ajustements qui le rendraient admissible » —, vous avez gagné une indication précieuse pour reformuler.

Cette dynamique fait de la lettre d’intention l’un des outils les plus rentables de votre démarche philanthropique. Sa rédaction mérite une attention particulière, parce que c’est elle qui détermine la suite — bien plus que la qualité éventuelle de la demande complète. Notre article sur la rédaction d’une lettre d’intention à une fondation détaille les éléments qui font qu’une lettre obtient une réponse positive plutôt que d’être archivée.

Ce que ça change pour vous : ne traitez jamais une lettre d’intention comme une formalité. Investissez le temps nécessaire pour qu’elle reflète vraiment votre projet, et utilisez les retours qu’elle suscite comme une information stratégique sur la suite à donner. Cette discipline est ce qui transforme une démarche philanthropique tâtonnante en démarche orientée par les signaux que vous recevez.

La construction de relation : ce qui se joue avant la première lettre

Avant même l’envoi d’une lettre d’intention, il y a une étape que beaucoup d’organismes escamotent et qui pourtant change tout : la construction d’une relation avec la fondation, ou au minimum d’une visibilité. Cette étape ne s’écrit pas dans les guides parce qu’elle ne relève pas du processus formel. Elle relève des codes sociaux propres à la philanthropie québécoise, et la négliger c’est partir avec un handicap considérable.

Concrètement, construire cette visibilité passe par plusieurs gestes qui s’étalent dans le temps. Assister à des événements publics organisés ou parrainés par la fondation. Demander une rencontre informelle à un membre de la direction philanthropique pour comprendre ses priorités, sans présenter de projet — juste pour échanger. Solliciter une introduction par un partenaire qui a déjà été financé par la fondation. Faire connaître votre organisme par des publications, des participations à des conférences, des collaborations visibles. Tous ces gestes construisent ce que la fondation aura en tête le jour où votre lettre arrivera sur son bureau : non pas « voici un organisme inconnu », mais « voici un organisme dont j’ai entendu parler, dont je vois le sérieux ».

Cette construction prend du temps — souvent un an ou deux avant la première demande formelle. C’est l’investissement le moins valorisé dans les pratiques courantes, et probablement le plus rentable à long terme. Les organismes qui ont des relations solides avec plusieurs fondations québécoises ne les ont pas obtenues par chance. Ils les ont construites, geste après geste, sur des années.

Ce que ça change pour vous : identifiez deux ou trois fondations vers lesquelles vous voulez construire une relation, et investissez quelques heures par mois dans cette construction. Pas pour obtenir un financement immédiat, mais pour préparer le terrain. Cette discipline transformera vos perspectives à trois ou cinq ans, même si elle paraît peu rentable à six mois.

Le piège du « tour des fondations »

Une stratégie tentante, quand on découvre la richesse du paysage philanthropique québécois, est de chercher à solliciter le plus grand nombre de fondations possible. Le raisonnement paraît logique : plus de demandes, plus de chances. Cette logique se révèle systématiquement contre-productive, pour plusieurs raisons.

D’abord, la qualité des demandes adressées à dix fondations différentes est forcément inférieure à celle de demandes adressées à trois fondations choisies. Le temps que vous n’avez pas investi dans la compréhension préalable, vous le perdez en taux de succès — et vous récoltez dix refus polis plutôt que deux ou trois oui solides.

Ensuite, la cohérence de votre démarche en souffre. Une fondation reçoit parfois la même demande adressée à plusieurs de ses pairs — souvent par retour de circuit, parce que le secteur philanthropique québécois est plus petit qu’on ne le croit et que les conversations entre directions sont fréquentes. Un organisme qui multiplie les sollicitations donne l’impression d’une démarche opportuniste, ce qui contredit exactement l’image de cohérence stratégique que vous cherchez à construire.

Enfin, le temps que vous consacrez à courir entre les fondations est du temps que vous ne consacrez pas à approfondir les relations qui produiraient vraiment des résultats. C’est exactement la logique réactive que nous avons critiquée dans notre article sur le choix du bon programme pour un nouveau projet : la dispersion détruit la valeur stratégique de l’effort.

Ce que ça change pour vous : choisissez deux ou trois fondations comme cibles principales pour les deux prochaines années. Concentrez votre énergie sur la construction de relation avec ces fondations, sur la rédaction de leurs lettres d’intention, sur le suivi des conversations qu’elles ouvrent. Vous obtiendrez plus de résultats avec cette discipline qu’avec une stratégie de dispersion, même si cette dernière paraît plus active.

Quand cette logique ne s’applique pas

Tout ce qui précède décrit la démarche auprès des grandes fondations privées structurées — Chagnon, McConnell, Centraide, Trottier, Saputo, et leurs pairs. Pour d’autres types de bailleurs philanthropiques, la logique peut être différente.

Les fondations communautaires locales ont souvent des cycles d’appels publics, avec des formulaires standardisés et des décisions plus rapides. La logique relationnelle y compte moins, et la démarche s’apparente davantage à celle des programmes publics — même si la connaissance des priorités reste toujours utile.

Les fonds spécialisés — par exemple, le Fonds de développement du milieu de Desjardins ou des fonds sectoriels — ont leur propre logique, plus proche d’un programme structuré que d’une démarche philanthropique pure. Les guides du demandeur y disent l’essentiel, et la lecture attentive de ces documents suffit souvent à orienter la démarche.

Les petites fondations familiales, enfin, fonctionnent souvent de manière très personnelle, avec des décisions prises par la famille fondatrice elle-même. La construction de relation y est cruciale, mais elle prend des formes plus intimes — connaissance des membres de la famille, compréhension de leur histoire, alignement avec leurs convictions personnelles.

Ce que ça change pour vous : adaptez la profondeur de votre démarche au type de fondation visé. La logique de « comprendre avant d’écrire » reste valable partout, mais sa mise en œuvre concrète diffère. Une lecture rapide du contexte de chaque fondation vous évite d’investir trop ou trop peu de temps par rapport à ce que la situation exige.

Reprendre la main sur votre démarche philanthropique

Approcher les fondations privées au Québec demande une discipline différente de celle des programmes publics. Plus de temps en amont, plus de relations, plus de cohérence stratégique avant la rédaction. Ces investissements paraissent coûteux quand on les compare à la simplicité apparente d’un formulaire à remplir, mais ils sont, sur la durée, les plus rentables que vous puissiez faire.

Si la perspective d’engager cette démarche vous semble exigeante, ou si vous voulez clarifier la sélection des fondations à cibler en priorité avant de vous lancer, c’est exactement le type de question qu’une conversation de cadrage peut aider à structurer. Pas pour vous écrire les lettres — vous le ferez mieux que personne —, mais pour vous aider à choisir vos cibles avec lucidité et à construire votre approche avec rigueur.

Approcher les fondations privées au Québec demande une discipline différente de celle des programmes publics. Si vous voulez clarifier la sélection des fondations à cibler en priorité avant de vous lancer, c’est exactement ce que permet une conversation de cadrage.

Faire le point en 30 minutes

Panorama : 21 bailleurs qui financent au Québec sans appel de projets public

Les sections précédentes portent sur la logique. Voici maintenant la carte du terrain. Ces 21 bailleurs financent réellement des organismes québécois, mais aucun ne publie d’appel de projets ouvert à tous. Certains reçoivent une lettre d’intention, d’autres ne financent que des organismes qu’ils ont eux-mêmes approchés. Savoir dans quelle catégorie tombe une fondation vous évite d’écrire une demande qui ne sera jamais lue.

Chaque ligne a été vérifiée sur la page officielle du bailleur le 2 septembre 2026. La colonne « Comment on dépose » est l’information la plus utile du tableau : elle vous dit s’il existe une porte d’entrée, et laquelle.

BailleurNatureComment on déposeTerritoireSource
Centraide Bas-Saint-Laurent
Invitation générale à s’associer, sans date de dépôt ni fourchette de montants
Centraide régionalAppel de projets datéBas-Saint-Laurentcentraide-bsl.com
Centraide Laurentides
Critères publiés mais dates et modalités renvoient à un cadre non publié
Centraide régionalAppel de projets datéLaurentidescentraidelaurentides.org
Centraide Outaouais
Appuie 86 organismes mais aucune page publique de dépôt
Centraide régionalSur invitation seulementOutaouaiscentraideoutaouais.com
Centraide Québec et Chaudière-Appalaches
Le processus d’accueil n’a pas lieu chaque année et aucune date n’est publiée
Centraide régionalAppel de projets datéCapitale-Nationale et Chaudière-Appalachescentraide-quebec.com
Centraide Saguenay–Lac-Saint-Jean
Cadre de référence hébergé hors site, aucune date de dépôt publiée
Centraide régionalAppel de projets datéSaguenay–Lac-Saint-Jeancentraidesaglac.ca
Fondation Philanthropie Outaouais
Page de demande active mais aucun critère, montant ni date publiés
Fondation communautaireAppel de projets datéOutaouaisphilanthropieoutaouais.com
Demandes de commandite de Merck Canada
Orientation commandite d’événements du secteur de la santé plutôt que subvention communautaire
Programme d’entrepriseLettre d’intention d’abordCanadamerck.ca
Fondation Definity Assurance
Fondation nationale bien capitalisée mais aucune page de demande publique
Programme d’entrepriseSur invitation seulementCanadadefinityfoundation.org
Fondation Suncor Énergie
Capacité minimale annoncée pour les nouveaux dons; peu de retombées documentées au Québec
Programme d’entrepriseDemandes en tout tempsCanadasuncor.com
Fonds du Grand Mouvement de Desjardins
Le dépôt passe par la direction générale de la caisse locale, pas par un appel public
Programme d’entrepriseLettre d’intention d’abordQuébec et Ontariodesjardins.com
Investissements communautaires de Manuvie
Manuvie et John Hancock acceptent les demandes de subvention émises par invitation seulement
Programme d’entrepriseSur invitation seulementCanadamanuvie.ca
Programme d’investissement communautaire d’Enbridge Gaz Québec
Restriction géographique forte qui exclut la majorité des OBNL québécois
Programme d’entrepriseDemandes en tout tempsCorridor des installations, rayon d’environ 20 kmenbridgegaz.com
Programme de philanthropie de Sun Life
Causes définies (diabète de type 2, santé mentale des 7-24 ans) mais aucune voie de demande spontanée
Programme d’entrepriseSur invitation seulementCanadasunlife.ca
Subventions Rogers pour la jeunesse
Aucun appel ouvert au 02-09-2026; inscription à une liste d’avis seulement
Programme d’entrepriseAppel de projets datéCanadaabout.rogers.com
Fondation Azrieli
Démarche par lettre d’intention mais sélection sur invitation en pratique
Fondation familialeLettre d’intention d’abordCanada et Israëlazrielifoundation.org
Fondation Graham Boeckh
N’accepte pas de demandes non sollicitées; travaille par partenariats structurants
Fondation familialeSur invitation seulementCanadagrahamboeckhfoundation.org
Fondation Inspirit
Subventions générales fermées aux nouveaux organismes pour 2026
Fondation familialeAucune demande acceptéeCanadainspiritfoundation.org
Fondation Solstice
Affiche « n’accepte pas de projets pour le moment » sur un site daté de 2020
Fondation familialeSur invitation seulementQuébecfondationsolstice.org
Fondation de la famille Pathy
N’accepte pas de demandes non sollicitées
Fondation familialeSur invitation seulementCanadapathyfoundation.ca
McCall MacBain Foundation
N’accepte pas de demandes non sollicitées
Fondation familialeSur invitation seulementCanadamccallmacbain.org
The Peter Cundill Foundation
N’accepte pas de demandes non sollicitées
Fondation familialeSur invitation seulementCanadathepetercundillfoundation.com

« Sur invitation seulement » n’est pas un refus déguisé. C’est une indication de méthode : pour ces fondations, la porte d’entrée est la relation et la recommandation, pas le formulaire. Les approcher demande du temps, et ce temps se planifie.

Ce que ça change pour vous : avant de rédiger, classez vos fondations cibles selon cette colonne. Celles qui reçoivent en tout temps ou par lettre d’intention méritent un dossier maintenant. Celles qui ne financent que sur invitation méritent une stratégie de relation, pas une demande. Confondre les deux est la façon la plus courante de perdre un trimestre.

Les bailleurs qui, eux, ont un processus ouvert sont documentés un par un dans notre répertoire des subventions, avec leur échéance, leur montant et leurs critères.

Téléchargez les infographies (référence libre)

La comparaison programme public vs fondation privée, l’investissement en amont et les cinq signaux d’alignement — réunis dans un seul PDF, libres de réutilisation pour préparer votre prochaine démarche philanthropique.

↓ Télécharger le PDF des infographies

Infographies produites par Subventions OBNL. Réutilisation libre avec mention de la source.

Méthodologie et sources

Cet article s’appuie sur des principes établis du paysage philanthropique québécois.

Principes établis. Les grandes fondations privées québécoises — Lucie et André Chagnon, McConnell, Centraide, Trottier, Saputo — ont leurs propres documents publics qui présentent leurs priorités stratégiques et leurs critères de financement. La distinction entre la logique des programmes publics (formulaires standardisés, critères publiés, traitement administratif) et celle des fondations privées (priorités discrétionnaires, importance de la relation, lecture des signaux) est documentée dans les principales ressources sur la philanthropie au Canada (Imagine Canada, regroupements communautaires sectoriels). L’évolution vers des critères de type ESG dans les décisions de financement philanthropique est une tendance observable depuis plusieurs années, et qui s’est accélérée récemment.

Ordres de grandeur indicatifs. Les durées proposées pour la construction de relation avec une fondation (de un à deux ans avant la première demande formelle), le nombre de fondations à cibler en priorité (deux à trois) et l’horizon des priorités stratégiques (trois à cinq ans) sont des repères de pratique, et non des normes universelles. Chaque fondation a son rythme propre, et certaines situations peuvent justifier une approche plus rapide ou plus lente. Pour les éléments précis de chaque fondation — priorités actuelles, processus, calendrier —, son site officiel et ses publications restent les sources de référence à consulter en priorité.

Infographies produites par Subventions OBNL. Réutilisation libre avec mention de la source.

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Adama Diop

Fondateur de Subventions OBNL, j’accompagne depuis plus de 15 ans les organismes à but non lucratif québécois dans leurs démarches de financement. Spécialisé en subventions municipales, provinciales, fédérales et philanthropiques, j’œuvre à transformer les besoins du terrain en projets structurés, crédibles et porteurs d’impact. Mon approche repose sur une connaissance fine du milieu communautaire, une qualité rédactionnelle structurée, une rigueur documentaire constante et une vision stratégique au service de nos collectivités.

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