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Financement MIFI pour les projets d’intégration des personnes immigrantes

par Gestionnaire
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Pour les directeurs généraux, responsables de développement et chargés de projet d’OBNL qui travaillent avec des personnes immigrantes. Cet article décrit les mécanismes réels du financement MIFI — les programmes disponibles, les attentes concrètes des agents évaluateurs et les facteurs qui distinguent les demandes retenues des demandes rejetées.

Contexte et enjeux pour les OBNL québécois

Le Québec accueille chaque année entre 45 000 et 55 000 personnes immigrantes permanentes. Derrière ce chiffre se cache une réalité que peu de documents officiels décrivent clairement : les OBNL communautaires constituent le premier filet de sécurité de l’intégration, bien avant que les services gouvernementaux n’entrent en jeu.

Ce rôle est reconnu par le MIFI (Ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration), qui consacre une part importante de ses crédits d’intégration au financement d’organismes communautaires. Ces sommes proviennent en partie des compensations financières versées par le gouvernement fédéral au Québec en vertu de l’Accord Canada-Québec de 1991 — un accord qui reconnaît au Québec la pleine compétence sur la sélection et l’intégration de ses immigrants.

Ce contexte politique a une implication directe pour les OBNL : les programmes du MIFI sont stables, structurés et souvent pluriannuels. Ce ne sont pas des appels de projets ponctuels à répondre dans l’urgence, mais des relations de prestation de services sur plusieurs années — à condition de savoir comment les aborder.

Comment fonctionne le financement MIFI : étape par étape

Étape 1 — Identifier le bon programme et le bon guichet

Le MIFI n’est pas un guichet unique. Deux trajectoires principales existent selon la taille et la localisation de l’organisme.

Programme d’accompagnement et de soutien à l’intégration (PASI) — C’est le principal mécanisme de financement pour les OBNL qui offrent des services directs aux personnes immigrantes. Il couvre notamment l’accueil et l’aide à l’installation, le soutien à l’insertion socioprofessionnelle, les activités de rapprochement interculturel et l’accompagnement des femmes immigrantes. Les organismes admissibles doivent être constitués légalement, avoir leur siège au Québec et démontrer une expérience significative dans l’intervention auprès des personnes immigrantes.

Directions régionales du MIFI — Pour les organismes hors de la grande région de Montréal, les Directions régionales disposent de leurs propres enveloppes budgétaires dédiées à la régionalisation de l’immigration. Depuis que la régionalisation est devenue une priorité gouvernementale, ces enveloppes ont été renforcées. Un OBNL en région ne devrait pas déposer une demande exclusivement auprès de la direction centrale : la Direction régionale est le guichet prioritaire.

Appels de projets thématiques — Le MIFI lance régulièrement des appels de projets ciblés sur des enjeux précis : francisation en milieu de travail, employabilité des femmes immigrantes, intégration des jeunes, etc. Ces appels sont publiés sur le site du MIFI et relayés via les réseaux comme la TCRI (Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes). Ils ont des enveloppes plus limitées mais des délais de traitement souvent plus courts.

Étape 2 — Préparer un dossier centré sur la complémentarité, pas sur le besoin

C’est le point le plus important — et le moins bien compris — du financement MIFI. Le ministère ne finance pas des besoins. Il finance des solutions complémentaires à ses propres services. Les Carrefours d’intégration, gérés directement par le MIFI, offrent déjà une gamme de services de base. Ce que le MIFI cherche dans les OBNL partenaires, c’est l’approche de proximité, la connaissance fine des communautés spécifiques, et la capacité à rejoindre des personnes que les services gouvernementaux peinent à atteindre.

Concrètement, une demande solide montre : (1) les services que vous offrez et que le Carrefour d’intégration n’offre pas ; (2) comment votre intervention s’articule avec celle du Carrefour (référencement croisé, coordination de cas) ; (3) votre connaissance des communautés ciblées, idéalement appuyée par des données sur vos participants des années précédentes.

💡 Bon à savoir — Le MIFI tient à jour une liste de tous les Carrefours d’intégration par région sur son site. Avant de déposer une demande, contactez le Carrefour de votre territoire pour documenter la complémentarité — et idéalement obtenir une lettre d’appui. Cette lettre n’est pas obligatoire, mais elle est systématiquement valorisée par les agents évaluateurs.

Étape 3 — Construire des indicateurs qui correspondent aux cadres de mesure du MIFI

Le MIFI impose un cadre de reddition de comptes très précis. Connaître ce cadre avant de déposer constitue un avantage stratégique réel. Les indicateurs standard attendus incluent : le nombre de personnes immigrantes rejointes (avec distinction selon la durée de résidence au Québec), le nombre d’heures d’intervention directe, des indicateurs d’intégration (emploi trouvé, cours de français suivis, réseau établi), ainsi que la satisfaction des participants. Le MIFI exige souvent des fiches individuelles par participant — ce qui implique un système de gestion de l’information opérationnel dès le début du projet. Les organismes qui peinent à la reddition de comptes ne renouvellent pas leur financement.

Étape 4 — Comprendre le cycle de financement

Les ententes de service pluriannuelles (généralement 3 ans) font l’objet d’appels de renouvellement environ 6 mois avant leur échéance. Pour les nouveaux organismes, les premières ententes sont souvent annuelles, le temps que le MIFI évalue la capacité de livraison. La période de dépôt des premières demandes se situe généralement en automne (septembre–novembre), pour un financement qui démarre en avril suivant.

Budget, indicateurs et reddition de comptes

Les montants accordés varient selon le volume de services. Une entente de service pour un organisme de petite taille peut se situer autour de 80 000 $ à 150 000 $ par année. Des organismes de taille plus importante qui couvrent plusieurs volets (accueil, francisation, employabilité) peuvent obtenir des ententes de 400 000 $ à 800 000 $ annuellement, selon le programme et la région.

Le financement MIFI couvre généralement : les salaires des intervenants affectés aux services (c’est la ligne budgétaire principale), les frais d’activités directes, une fraction des frais administratifs (souvent plafonnée à 15 % des coûts directs), et parfois les coûts de locaux si directement liés aux services financés.

Ce que le financement MIFI ne couvre pas habituellement : le développement organisationnel général, les immobilisations, les campagnes de communication non liées aux services aux immigrants, et les postes budgétaires non directement imputables aux activités financées.

La reddition de comptes se fait en deux temps : un rapport intermédiaire (souvent au 30 septembre ou au 31 décembre selon l’entente) et un rapport annuel final. Les deux doivent inclure des statistiques détaillées par activité, par type de participants et par résultat atteint.

⚠️ Erreur fréquente — Décrire les activités prévues sans définir les indicateurs de résultats. Le MIFI évalue les demandes sur la base de résultats mesurables, pas uniquement sur les activités planifiées. Une demande qui indique « nous offrirons 200 ateliers d’intégration » sans préciser les effets attendus (ex. : 80 % des participants se déclarent mieux outillés pour leur recherche d’emploi ; 60 % auront complété une démarche concrète dans les 90 jours) est jugée moins solide qu’une demande qui lie chaque activité à un résultat chiffré. Correctif : relier explicitement chaque activité à un résultat attendu avec une cible quantifiée dès la rédaction de la demande.

Exemples concrets et scénarios applicables

Scénario 1 — L’OBNL en région qui a décroché une entente pluriannuelle

Un organisme communautaire de Sherbrooke œuvrant auprès de familles immigrantes d’expression française a obtenu une entente MIFI de 3 ans. Son avantage : il avait documenté, dans sa demande, que son taux de rétention des participants était de 78 % et que 62 % de ses participants avaient trouvé un emploi dans les 6 mois suivant leur participation. Ces chiffres ont démontré une valeur ajoutée que les services généraux ne produisaient pas. La demande ciblait la Direction régionale de l’Estrie — pas le bureau central. C’est ce choix stratégique qui a ouvert la porte.

Scénario 2 — L’appel de projets ciblé sur les femmes immigrantes

Une organisation montréalaise a obtenu 110 000 $ pour un projet de 18 mois combinant formations en compétences numériques, mentorat avec des femmes entrepreneures établies et accompagnement vers des microcrédits. Ce projet avait deux caractéristiques gagnantes : il répondait précisément aux termes de l’appel (sans interprétation large), et il incluait un partenariat formel avec une institution financière de l’économie sociale — ce qui renforçait sa crédibilité et sa capacité de mise en œuvre.

Boîte à outils : checklist pré-dépôt MIFI

📋 Modèle express — Vérification avant dépôt MIFI

  • Admissibilité confirmée : incorporation légale au Québec, expérience documentée avec personnes immigrantes
  • Bon guichet identifié : PASI, Direction régionale ou appel thématique
  • Complémentarité documentée avec le Carrefour d’intégration local
  • Lettre d’appui du Carrefour ou d’un partenaire institutionnel (idéalement)
  • Indicateurs de résultats définis pour chaque activité, avec cibles chiffrées
  • Budget aligné sur les catégories acceptées (salaires, frais d’activités, admin ≤ 15 %)
  • Système de collecte de données participants existant (fiches individuelles)
  • Calendrier de reddition compris et intégré au plan de travail
  • Données historiques disponibles si renouvellement (taux de rétention, résultats atteints)
  • Contact exploratoire pris avec l’agent régional MIFI avant le dépôt

À retenir

  • Cibler le bon guichet : Les organismes en région doivent privilégier leur Direction régionale MIFI, qui dispose d’enveloppes propres liées à la politique de régionalisation — une priorité qui offre un avantage réel aux OBNL hors Montréal.
  • Construire sur la complémentarité : Le MIFI finance ce que ses Carrefours d’intégration ne font pas. Chaque demande doit démontrer explicitement en quoi l’OBNL comble un angle mort des services existants, avec une coordination documentée.
  • Lier chaque activité à un résultat mesurable : Une demande qui exprime les résultats attendus par activité, avec cibles chiffrées, surpasse systématiquement une demande qui liste des activités sans résultats. C’est le critère qui distingue les dossiers retenus au premier tour.
  • Préparer la reddition avant de déposer : Le cadre de suivi individuel des participants exigé par le MIFI implique un système de gestion de l’information opérationnel. Les organismes qui n’ont pas ce système en place avant le début du financement se retrouvent en difficulté dès le premier rapport.
  • Valoriser les données probantes : Les ententes pluriannuelles vont aux organismes qui démontrent des résultats historiques. Documenter les impacts dès la première année d’intervention constitue un actif stratégique à long terme.

Questions fréquentes

Mon organisme n’a jamais reçu de financement MIFI. Par où commencer ?

Commencez par une rencontre exploratoire avec le bureau régional du MIFI — pas pour déposer une demande, mais pour comprendre les besoins non couverts sur votre territoire. Les agents régionaux peuvent orienter vers le bon programme. Cette étape augmente significativement les chances de succès d’une première demande.

Le financement MIFI est-il cumulable avec d’autres subventions ?

Oui, généralement. Le financement MIFI est cumulable avec d’autres sources (SACAIS, Centraide, fondations privées) à condition de ne pas financer deux fois les mêmes dépenses. Il faut déclarer toutes les sources dans la demande et éviter tout chevauchement de postes budgétaires.

Que se passe-t-il si on n’atteint pas les cibles prévues ?

Le MIFI distingue les écarts mineurs bien documentés des écarts importants non justifiés. Un organisme qui documente les obstacles et propose des ajustements dans son rapport intermédiaire préserve généralement sa relation avec le ministère. Taire les difficultés jusqu’au rapport final est l’erreur la plus dommageable.

Est-il possible d’inclure des coûts de formation du personnel dans la demande ?

Oui, dans la mesure où la formation est directement liée aux services aux personnes immigrantes (ex. : formation interculturelle pour les intervenants, outils d’évaluation des compétences). La formation générale ou le développement organisationnel non lié aux services financés n’est pas admissible.

Les OBNL de petite taille ont-ils leurs chances ?

Oui, particulièrement en région. Le MIFI reconnaît que les organismes de proximité jouent un rôle irremplaçable. Une première entente annuelle à plus petite échelle constitue souvent le point d’entrée. La taille de l’organisme n’est pas un critère d’exclusion — la capacité de livraison et la rigueur du suivi, oui.

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