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La Fondation Chagnon et la jeunesse : rétablir les faits
La Fondation Lucie et André Chagnon revient souvent dans les recherches de financement des organismes qui travaillent auprès des jeunes au Québec. Et pour cause : c’est l’une des plus importantes fondations privées au pays, entièrement vouée à prévenir la pauvreté et à permettre à tous les enfants et les jeunes du Québec de développer leur plein potentiel. Mais autour de ce nom circule une confusion tenace qu’il faut dissiper d’entrée de jeu.
Contrairement à ce que l’on lit parfois, il n’existe pas de « programme Perspectives » de financement de la jeunesse à la Fondation Chagnon. « Perspectives » est le titre d’une publication de prise de position, pas un guichet auquel un organisme pourrait déposer une demande. Un OBNL qui cherche « le programme Perspectives » cherche donc quelque chose qui n’existe pas. Comprendre comment la Fondation soutient réellement les initiatives destinées aux jeunes est la première étape pour ne pas perdre de temps sur une fausse piste.
Pas de guichet ouvert : une logique de co-construction
La première chose à intégrer, c’est que la Fondation Chagnon ne fonctionne pas comme un bailleur public avec des appels de projets périodiques ouverts à tous. Il n’y a pas de guichet ouvert où l’on soumet un projet individuel en espérant décrocher une enveloppe. Sa logique est fondamentalement différente.
La Fondation privilégie les initiatives collaboratives, portées par plusieurs partenaires, alignées sur ses priorités et souvent développées en co-construction. Autrement dit, elle cherche à s’associer à des démarches collectives qui rassemblent des acteurs d’un même milieu autour d’un enjeu commun, plutôt qu’à financer une multitude de projets isolés. Cette approche découle de sa conviction que la lutte à la pauvreté et le développement du potentiel des jeunes exigent une action concertée, dans la durée, à l’échelle des communautés.
Pour un OBNL, cela change complètement la façon d’aborder la Fondation. La question n’est pas « quel formulaire remplir », mais « mon initiative s’inscrit-elle dans une dynamique collective alignée sur les priorités de la Fondation, et suis-je en mesure de la présenter comme telle ». C’est un déplacement de posture important.
Deux véhicules : dotations philanthropiques et investissements axés sur la mission
L’action de la Fondation passe par deux grands véhicules. Il est utile de les distinguer.
Les dotations philanthropiques
C’est le volet le plus proche de ce qu’un organisme communautaire jeunesse peut avoir en tête. La Fondation traite des demandes de soutien tout au long de l’année, sans date limite unique, pour des initiatives qui font avancer sa mission auprès des enfants et des jeunes. L’accent est mis sur des démarches collaboratives et structurantes plutôt que sur des projets ponctuels.
Les investissements axés sur la mission
Ce second véhicule est plus méconnu. La Fondation investit conjointement avec d’autres partenaires dans des projets qui génèrent à la fois un rendement social et un rendement financier. Elle cible notamment les systèmes alimentaires, le logement abordable, la transition socioécologique, l’immobilier collectif et l’insertion à l’emploi. L’idée est de s’attaquer aux obstacles structurels qui freinent le développement des jeunes, en complément — et non en concurrence — des sources de financement traditionnelles.
Ce que la Fondation ne finance pas
Pour éviter de préparer une demande vouée à l’échec, il faut connaître ce que la Fondation exclut explicitement de son soutien. Plusieurs types de demandes ne cadrent pas avec son approche :
- les projets portés par un seul organisme, sans dimension collaborative;
- le financement de la mission ou du fonctionnement permanent d’un organisme;
- les services directs aux individus;
- les bourses;
- l’achat d’équipement;
- les collectes de fonds.
Cette liste est révélatrice. Un organisme qui espère faire financer son roulement de base, embaucher du personnel pour offrir des services directs à sa clientèle ou acheter du matériel s’adresse au mauvais bailleur. La Fondation n’est pas là pour soutenir le fonctionnement des organismes, mais pour appuyer des initiatives collectives qui transforment durablement les conditions de vie des jeunes.
Ce que ça implique concrètement pour un OBNL
Si votre organisme œuvre auprès de la jeunesse et envisage la Fondation Chagnon, quelques principes s’imposent.
Alignez votre initiative sur les priorités réelles. Votre projet doit contribuer clairement à prévenir la pauvreté et à développer le plein potentiel des enfants et des jeunes du Québec. Un rattachement superficiel à ces thèmes ne suffit pas.
Pensez collaboration avant de penser demande. Puisque la Fondation privilégie les démarches multi-partenaires et la co-construction, la valeur d’une initiative tient souvent à la coalition d’acteurs qui la portent. Investir dans les partenariats d’un milieu est souvent plus déterminant que de peaufiner un formulaire.
Vérifiez les exclusions avant tout. Assurez-vous que votre demande ne tombe pas dans l’une des catégories non admissibles. C’est le filtre le plus rapide pour savoir si la Fondation est pertinente pour vous.
Ne présumez ni montants ni échéances. La Fondation ne publie pas de barème de financement ni de dates de tombée pour un prétendu programme jeunesse. Méfiez-vous des sources qui avancent des chiffres précis : elles se trompent probablement de fondation ou inventent des données.
En résumé, la Fondation Chagnon demeure un allié majeur pour la jeunesse québécoise, mais elle se rejoint par la porte de la collaboration et de l’alignement stratégique, pas par un « programme Perspectives » qui n’a jamais existé. Un OBNL qui l’aborde avec cette compréhension juste met toutes les chances de son côté.
Sources : Fondation Lucie et André Chagnon (fondationchagnon.org).