La semaine de la Saint-Jean, les bureaux tournent au ralenti — et pourtant l’horloge de Nouveaux Horizons, elle, ne s’arrête pas : il reste trois semaines avant le 14 juillet. Cette semaine, je signale les fenêtres encore ouvertes avant l’été, puis je m’attaque à l’erreur qui fait le plus de refus que je vois passer : confondre ce qu’on va faire avec ce qu’on va changer. Et je raconte le cas d’un organisme qui a obtenu un oui simplement en réécrivant trois lignes de sa demande.
Voici la phrase qu’un comité voit revenir dans neuf demandes sur dix : « Le projet permettra d’offrir 24 ateliers à 120 jeunes. » C’est une activité. Ce n’est pas un résultat. Vingt-quatre ateliers, c’est ce que vous allez faire. Ce que le bailleur finance, c’est ce qui va être différent après — pour les jeunes, pas pour votre calendrier d’activités.
La logique d’intervention, c’est simplement la chaîne qui relie les deux : des ressources (votre budget, votre équipe) servent à mener des activités (les ateliers), qui produisent des effets immédiats (les jeunes acquièrent une compétence, un lien, une habitude), lesquels mènent à un résultat (ils décrochent moins, ils s’isolent moins). L’erreur, ce n’est pas de manquer d’activités. C’est de s’arrêter aux activités et de laisser le comité deviner le reste. Un évaluateur ne devine pas : il coche « résultats à clarifier » et passe au dossier suivant.
À faire cette semaine : prenez votre dernière demande et surlignez chaque objectif. Pour chacun, posez la question « et ensuite ? » jusqu’à tomber sur un changement réel chez la personne rejointe. Si vous vous arrêtez à un nombre d’activités ou de participants, vous décrivez votre agenda, pas votre impact — et c’est là que se perdent les points.
Un organisme en sécurité alimentaire avait été refusé une première fois auprès d’une fondation. Sa demande était solide sur le terrain : cuisines collectives, distribution hebdomadaire, des centaines de paniers. Tout l’objectif était écrit comme ça : « Distribuer 4 800 paniers et tenir 40 cuisines collectives. » Des chiffres réels, vérifiables — et pourtant, rien sur ce que ça changeait.
Au deuxième dépôt, on n’a pas touché aux activités. On a ajouté la suite : les paniers et les cuisines servent à ce que des familles isolées du quartier mangent à leur faim et tissent un réseau d’entraide qui tient après le projet. Même budget, mêmes activités, mêmes chiffres. On a seulement écrit le « et ensuite ? » que le comité cherchait. Financé.
La leçon : souvent, ce n’est pas le projet qui est faible, c’est sa formulation. Vos activités ne plaident pas pour vous toutes seules : c’est à vous de nommer le changement qu’elles produisent. Le comité ne paie pas pour de l’occupation, il paie pour une différence.
Adama Diop · Spécialiste en financement OBNL · Subventions OBNL
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