Pour les administrateurs, directeurs généraux et gestionnaires d’OBNL québécois. Les conflits d’intérêts OBNL gouvernance représentent l’un des risques les plus sous-estimés dans le milieu communautaire. Un conflit mal géré peut entraîner des poursuites, une perte d’admissibilité aux subventions et une érosion de la confiance des bailleurs de fonds. Cet article détaille le cadre légal québécois, les procédures de divulgation obligatoires et les outils concrets pour protéger votre organisme.
Cadre légal des conflits d’intérêts OBNL gouvernance au Québec
Le Code civil du Québec impose aux administrateurs d’OBNL trois obligations fondamentales : agir avec prudence et diligence (art. 322), agir avec honnêteté et loyauté dans l’intérêt de la personne morale (art. 322), et éviter de se placer en situation où leur intérêt personnel entre en conflit avec leurs obligations (art. 324). Ces règles s’appliquent à tous les OBNL constitués sous la loi provinciale, qu’ils soient incorporés en vertu de la Partie III de la Loi sur les compagnies ou de la Loi canadienne sur les organisations à but non lucratif.
Un conflit d’intérêts survient dès qu’un observateur externe pourrait raisonnablement se demander si un intérêt autre que celui de l’organisme influence les décisions d’un administrateur. Le conflit peut être réel, apparent ou potentiel — et dans les trois cas, la loi exige une divulgation.
L’article 325 du Code civil précise que l’administrateur doit dénoncer à la personne morale tout intérêt qu’il a dans une entreprise ou une association susceptible de le placer en conflit. Cette dénonciation doit être faite lors de la première réunion du conseil suivant la connaissance du conflit, et elle doit être consignée au procès-verbal.
💡 Bon à savoir — La simple apparence de conflit suffit à déclencher l’obligation de divulgation. Un administrateur qui siège au CA de deux organismes qui déposent des demandes au même programme de financement est en situation de conflit apparent, même s’il n’en tire aucun avantage personnel.
Procédure de divulgation : étape par étape
Étape 1 — Déclaration initiale à l’entrée en fonction
Dès sa nomination, chaque administrateur doit remplir une déclaration d’intérêts écrite qui révèle ses liens avec d’autres organismes, entreprises ou contrats susceptibles de créer un conflit. Cette déclaration couvre les intérêts directs (emploi, contrat de services) et indirects (conjoint, parent, associé d’affaires). Plusieurs modèles sont disponibles sur des plateformes comme Espace OBNL ou Source OSBL (norme A12).
Étape 2 — Déclaration ponctuelle en cours de mandat
Lorsqu’un nouvel intérêt se manifeste en cours de mandat — par exemple, un administrateur dont l’entreprise répond à un appel d’offres de l’organisme —, il doit le déclarer à la prochaine réunion du conseil. La déclaration peut être verbale ou écrite, mais elle doit obligatoirement être consignée au procès-verbal.
Étape 3 — Retrait de la délibération et du vote
L’administrateur en conflit doit se retirer physiquement de la salle pour toute délibération et tout vote portant sur la question concernée. Le procès-verbal doit mentionner le retrait, l’identité de la personne et la nature du conflit. Lorsque le conflit porte sur un contrat impliquant les biens de l’organisme, la délibération se fait à huis clos.
Étape 4 — Mise à jour annuelle du registre
Les organismes bien gouvernés procèdent à une mise à jour annuelle de toutes les déclarations. Cette pratique, bien que non exigée explicitement par le Code civil, est recommandée par les normes de Source OSBL et constitue un signal de rigueur apprécié par les bailleurs de fonds.
⚠️ Erreur fréquente — Ne pas consigner le retrait au procès-verbal. Si un litige survient plus tard, l’absence de trace écrite expose l’administrateur et l’organisme. Les tribunaux considèrent que sans preuve de retrait, l’administrateur a participé à la décision.
Impact des conflits d’intérêts sur l’admissibilité aux subventions
Les bailleurs de fonds québécois évaluent la gouvernance de votre organisme comme critère d’admissibilité. Un OBNL qui ne dispose pas d’une politique de conflits d’intérêts OBNL gouvernance écrite envoie un signal de faiblesse aux agents évaluateurs, particulièrement dans les programmes du MSSS (PSOC), du MAMH et des fondations privées.
Trois situations concrètes où un conflit d’intérêts non géré compromet directement le financement :
Lettres d’appui croisées. Un administrateur de votre CA qui signe une lettre d’appui pour votre demande de subvention alors qu’il représente un partenaire évaluateur crée un conflit apparent. Le bailleur cherche une validation externe, pas une validation interne déguisée.
Contrats de services entre apparentés. Un organisme qui attribue un contrat de consultation au conjoint d’un membre du CA sans processus d’appel ouvert s’expose à un questionnement lors de la reddition de comptes. Les agents évaluateurs vérifient les dépenses et les liens entre les parties.
Double appartenance à des CA concurrents. Lorsque deux OBNL déposent des demandes au même programme et qu’un administrateur siège aux deux CA, les bailleurs peuvent remettre en question l’intégrité du processus. La pratique recommandée : l’administrateur se retire du CA du deuxième organisme pour la durée du processus, ou se récuse formellement de toute délibération liée à la demande.
Outils concrets : politique, registre et modèle de déclaration
Trois documents forment le socle d’une gestion rigoureuse des conflits d’intérêts OBNL gouvernance :
La politique de conflits d’intérêts. Document adopté par résolution du CA, elle définit ce qui constitue un conflit, les obligations de divulgation, la procédure de retrait et les sanctions en cas de manquement. Éducaloi propose un guide clair sur les éléments à inclure.
Le registre des déclarations. Un tableau simple (format Excel ou papier) qui consigne, pour chaque administrateur, la date de la déclaration, la nature des intérêts déclarés et la date de mise à jour. Ce registre est conservé par le secrétaire du CA et mis à jour au minimum une fois par année.
Le formulaire de déclaration individuelle. Chaque administrateur le remplit à son entrée en fonction et le met à jour annuellement. Il couvre les intérêts financiers, les liens familiaux avec des fournisseurs ou partenaires, et les mandats dans d’autres organismes.
📋 Modèle express — Checklist politique de conflits d’intérêts
- Définition claire de ce qui constitue un conflit (réel, apparent, potentiel)
- Obligation de divulgation à l’entrée en fonction et en cours de mandat
- Procédure de retrait de la délibération et du vote
- Consignation obligatoire au procès-verbal
- Mise à jour annuelle du registre
- Sanctions prévues en cas de manquement (avertissement, retrait du CA)
- Responsable désigné (secrétaire du CA ou comité de gouvernance)
Conséquences juridiques d’un conflit mal géré
Les conséquences dépassent la perte de financement. L’administrateur qui omet de déclarer un conflit peut être tenu personnellement responsable des dommages causés à l’organisme. Le Code civil prévoit que l’administrateur fautif doit rendre compte des profits réalisés et indemniser la personne morale.
Dans les cas les plus graves — détournement de fonds, utilisation des ressources de l’organisme à des fins personnelles —, des poursuites pénales pour fraude sont possibles. Un tribunal peut également déclarer une personne inhabile à occuper toute fonction d’administrateur pour une période maximale de cinq ans.
Pour les OBNL qui reçoivent du financement public, un scandale lié aux conflits d’intérêts peut déclencher un audit de conformité et mener à une suspension ou un non-renouvellement du financement. La planification stratégique de l’organisme s’en trouve fragilisée pour plusieurs années.
À retenir
- Adoptez une politique écrite : un document formel adopté par résolution du CA, couvrant les conflits réels, apparents et potentiels, avec procédure de retrait et sanctions.
- Exigez une déclaration annuelle : chaque administrateur remplit un formulaire à son entrée en fonction et le met à jour chaque année. Le registre est conservé par le secrétaire du CA.
- Consignez tout au procès-verbal : chaque déclaration, chaque retrait, chaque vote tenu en l’absence de l’administrateur en conflit. C’est votre preuve en cas de litige.
Questions fréquentes
Un bénévole peut-il être en conflit d’intérêts ?
Oui. Le Code civil s’applique à tous les administrateurs, qu’ils soient rémunérés ou non. Un bénévole qui siège au CA a les mêmes obligations de loyauté et de divulgation qu’un administrateur salarié. Son statut bénévole ne l’exonère pas de sa responsabilité.
Que faire si un administrateur refuse de déclarer un conflit ?
Le président du CA peut exiger la déclaration par écrit. Si le refus persiste, le CA peut demander la démission de l’administrateur ou, selon les règlements généraux, procéder à sa destitution. Dans tous les cas, la situation doit être consignée au procès-verbal.
Les employés sont-ils concernés par les conflits d’intérêts ?
Le Code civil vise spécifiquement les administrateurs (membres du CA). Toutefois, les employés en position d’autorité — direction générale, direction des finances, responsables des achats — sont généralement couverts par le code d’éthique interne de l’organisme. Une bonne politique étend les règles de divulgation au personnel clé.
Vous ne savez pas par où commencer pour financer votre projet ?
Réservez un appel découverte gratuit de 15 minutes. On évalue ensemble votre admissibilité et on identifie les programmes qui correspondent à votre situation.
Réserver mon appel découverte →