Pour les directeurs généraux et responsables de développement d’OBNL québécois. La tension entre financement de base et financement de projet est l’une des plus structurantes dans la gestion des OBNL. La plupart des organismes subissent cette tension — les meilleurs la gèrent stratégiquement. Voici comment.
La distinction fondamentale
Le financement de base (core funding) couvre les coûts de fonctionnement récurrents : salaires de l’équipe permanente, loyer, équipements, communications, administration. Il est prévisible, stable et indispensable à la continuité organisationnelle. Au Québec, les principaux bailleurs de financement de base sont le MSSS (PSOC), le MAMH, certains volets de Centraide et les fondations qui ont des programmes de fonctionnement.
Le financement de projet couvre une initiative définie dans le temps, avec des objectifs spécifiques, un budget délimité et une date de fin. Il est moins stable mais plus accessible, notamment pour les nouveaux organismes ou les nouveaux volets d’activité. La plupart des programmes EDSC, MCC et des fondations privées fonctionnent en mode projet.
Pourquoi vous avez besoin des deux
Un organisme financé uniquement en mode projet est fragile : son financement s’arrête quand le projet se termine, forçant des mises à pied et des interruptions de service. Un organisme avec uniquement du financement de base est limité dans sa capacité d’innovation et de développement.
Les organisations les plus résilientes maintiennent un ratio de 60 à 70 % de financement de base et 30 à 40 % de financement de projet. Ce ratio permet la stabilité opérationnelle tout en finançant l’innovation et la croissance.
Comment obtenir du financement de base quand on n’en a pas
La transition du tout-projet vers le financement de base se fait rarement d’un coup. La stratégie la plus efficace : utilisez vos projets réussis comme démonstration de preuve pour les demandes de financement de base.
- Étape 1 : Obtenez un premier financement de projet qui teste votre modèle d’intervention.
- Étape 2 : Documentez rigoureusement les résultats, les participants atteints, les changements observés.
- Étape 3 : Présentez ces résultats à un bailleur de financement de base (PSOC, Centraide) comme preuve que votre intervention mérite une stabilisation.
💡 Bon à savoir — Certains bailleurs acceptent de couvrir une portion des frais de fonctionnement dans un budget de projet en les appelant « frais indirects » ou « frais de gestion » (généralement 10 à 15 % des coûts directs). C’est une façon d’obtenir un financement partiel de fonctionnement via des enveloppes de projet.
Comment gérer la coexistence des deux types de financement
La coexistence de financement de base et de financement de projet dans le même organisme crée des défis comptables. Quelques règles de gestion :
- Comptes distincts par source : maintenez une comptabilité par projet pour chaque financement. Les erreurs d’imputation (dépenser des fonds de projet A dans le projet B) sont l’une des principales causes de problèmes de conformité.
- Politique d’allocation des frais communs : définissez une méthode d’allocation des frais partagés (loyer, administration, direction) entre les projets et le fonctionnement. Cette politique doit être approuvée par votre CA et disponible pour les bailleurs.
⚠️ Erreur fréquente — Utiliser le financement de projet pour couvrir des coûts de fonctionnement non prévus dans le budget approuvé. Même si les fonds « semblent disponibles », cette pratique constitue une utilisation non autorisée des fonds et peut déclencher une demande de remboursement lors de la reddition.
À retenir
- Visez 60-70 % de financement de base : c’est le seuil qui assure la résilience organisationnelle.
- Utilisez vos projets comme tremplin vers le financement de base : les résultats documentés sont votre meilleur argument.
- Maintenez une comptabilité rigoureuse par source : la coexistence des deux types de financement exige une rigueur administrative sans faille.
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