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Mobiliser votre conseil d’administration dans la recherche de financement

par Gestionnaire
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Pour les directeurs généraux et responsables de développement qui cherchent à mieux impliquer leur conseil d’administration dans la recherche de financement. Dans la plupart des OBNL québécois, la mobilisation du financement repose presque entièrement sur la direction — alors que le CA dispose souvent d’un réseau, d’une crédibilité institutionnelle et d’un levier stratégique sous-exploités. Cet article vous donne les outils concrets pour activer ce potentiel, en respectant les frontières essentielles entre gouvernance et opérations.

Contexte et enjeux pour les OBNL québécois

Au Québec, la majorité des OBNL opèrent avec des équipes réduites : selon les données de Statistique Canada, plus de 60 % des organismes de bienfaisance enregistrés ont moins de 5 employés à temps plein. Dans ce contexte, la direction générale assume souvent seule la prospection, la rédaction de demandes et le suivi des bailleurs de fonds — au détriment de la mission opérationnelle.

Pourtant, le conseil d’administration est une ressource stratégique directement disponible. Ses membres sont bénévoles, investis dans la mission, et disposent souvent de réseaux professionnels étendus : milieu des affaires, institutions publiques, fondations, entreprises privées. Le problème : dans beaucoup d’OBNL, le CA n’est mobilisé que pour les fonctions de gouvernance formelle — approbation des états financiers, adoption de politiques, révision des orientations stratégiques — et laisse dormante sa capacité à contribuer au développement.

Deux erreurs opposées freinent cette mobilisation. La première : ne rien demander au CA, par peur d’empiéter sur le temps des bénévoles ou par habitude de tout centraliser à la direction. La seconde : tout déléguer au CA sans encadrement, ce qui crée de la confusion, des attentes déçues et parfois des tensions autour des rôles. La voie efficace se situe entre les deux : des mandats précis, des outils adaptés, et une culture commune du financement partagé.

Clarifier les rôles avant de mobiliser : gouvernance vs opérations

Avant d’intégrer le CA dans la démarche de financement, il faut établir une distinction claire et acceptée par toutes les parties. Le CA gouverne et oriente — il ne gère pas. Cette règle de base détermine la nature et les limites de son implication dans la recherche de financement.

Étape 1 — Ce que le CA peut faire (et doit faire)

Le CA peut légitimement : approuver la politique de développement et les grandes orientations de financement ; valider la liste des partenaires stratégiques à solliciter ; ouvrir des portes dans son réseau (introductions, lettres d’appui, contacts directs) ; siéger sur des comités de financement aux côtés de la direction ; représenter l’organisme lors de rencontres avec des bailleurs de fonds institutionnels ; approuver les demandes majeures avant dépôt (certains bailleurs l’exigent d’ailleurs formellement, comme le Secrétariat à l’action communautaire autonome et aux initiatives sociales — SACAIS).

Étape 2 — Ce que le CA ne doit pas faire

Le CA ne doit pas rédiger les demandes, gérer les relations quotidiennes avec les bailleurs, ni suivre les dossiers opérationnels de financement. Ces responsabilités appartiennent à la direction et aux équipes. Confondre ces niveaux génère de l’inefficacité, des conflits de compétence et — dans les cas extrêmes — une fragilisation de la gouvernance. Un CA qui gère finit souvent par microgérer.

Étape 3 — Formaliser les attentes dès l’entrée en poste

Les OBNL qui réussissent le mieux à mobiliser leur CA ont en commun une pratique : ils intègrent les attentes en matière de développement dans le profil de recrutement des administrateurs et dans la lettre d’engagement remise lors de l’entrée en poste. Des formulations comme « contribution attendue au réseau de financement : 2 introductions par année » ou « participation aux rencontres avec les principaux partenaires financiers » définissent un cadre clair dès le départ.

💡 Bon à savoir — Plusieurs fondations québécoises (dont la Fondation du Grand Montréal et la Fondation Lucie et André Chagnon) accordent une attention particulière à la composition du CA lors de l’analyse des demandes. Un CA diversifié, compétent et actif renforce la crédibilité organisationnelle et peut faire la différence entre deux dossiers comparables.

Comment mobiliser concrètement votre CA : outils et démarches

Étape 4 — Créer un comité de développement au sein du CA

Le comité de développement est la structure la plus efficace pour canaliser l’implication du CA dans le financement sans surcharger l’ensemble des administrateurs. Ce comité — généralement composé de 3 à 5 membres du CA, dont idéalement un ou deux avec un profil en développement des affaires ou en philanthropie — se réunit 4 à 6 fois par année. Ses mandats typiques : réviser la stratégie de financement, ouvrir des discussions avec de nouveaux partenaires potentiels, examiner les dossiers majeurs avant dépôt, et accompagner la direction dans les rencontres de représentation.

L’avantage de cette structure : elle concentre la contribution sur les membres les plus disponibles et les plus compétents, sans créer d’obligation uniforme pour l’ensemble du CA.

Étape 5 — Cartographier le réseau des administrateurs

Un outil simple mais puissant : demander à chaque administrateur de compléter une fiche de cartographie de réseau lors de son entrée en poste (et de la mettre à jour annuellement). Cette fiche recense les organisations avec lesquelles l’administrateur entretient des liens — employeurs, associations professionnelles, fondations, cercles philanthropiques, réseaux d’affaires. La direction peut ensuite croiser cette cartographie avec la liste des bailleurs potentiels pour identifier des voies d’approche directes.

En pratique, un organisme de sport communautaire de Montréal a utilisé cette méthode pour identifier qu’un de ses administrateurs siégeait sur le comité de sélection d’une fondation d’entreprise. L’administrateur s’est abstenu lors de la décision, mais a facilité une rencontre préliminaire avec la direction de la fondation — rencontre qui a mené à une première subvention de 15 000 $ l’année suivante.

Étape 6 — Préparer les administrateurs à « parler financement »

Un administrateur qui ne connaît pas bien les programmes de financement disponibles ne peut pas en faire la promotion. Une séance d’information annuelle d’une heure (lors d’une réunion du CA) suffit pour présenter : les sources de financement actuelles, les principales demandes en cours ou prévues, les messages clés à porter auprès des partenaires, et les besoins non comblés. Ce briefing transforme les administrateurs en ambassadeurs informés.

⚠️ Erreur fréquente — Solliciter un administrateur pour ouvrir une porte sans lui fournir un document de présentation de l’organisme à jour. Résultat : l’administrateur improvise ou — pire — transmet des informations inexactes ou périmées au bailleur potentiel. Correctif : préparer systématiquement un « kit ambassadeur » de 2 pages (mission, impact chiffré, besoins actuels, contact de la direction) que les administrateurs peuvent partager facilement.

Budget, indicateurs et reddition de comptes

La contribution du CA au financement doit s’inscrire dans un cadre mesurable. Voici les indicateurs que les OBNL structurés utilisent pour suivre cette contribution sans créer de pression contre-productive :

Indicateurs quantitatifs : nombre d’introductions réalisées par des administrateurs dans l’année ; nombre de rencontres avec des bailleurs potentiels auxquelles un administrateur a participé ; montant total des subventions issues de démarches initiées ou appuyées par le CA.

Indicateurs qualitatifs : qualité des ouvertures (bailleur stratégique ou non) ; temps de réponse des bailleurs contactés via le réseau du CA versus les sollicitations directes de la direction ; perception des bailleurs de la solidité de la gouvernance (indicateur collecté lors des rencontres de bilan).

Ces indicateurs alimentent le rapport annuel de développement présenté au CA, et permettent d’ajuster la stratégie de mobilisation d’une année à l’autre. Certains OBNL incluent ces données dans leur rapport d’activités transmis aux bailleurs de fonds — ce qui renforce l’image d’une organisation où la gouvernance est réellement engagée dans la mission.

Sur le plan budgétaire, l’implication du CA dans le développement n’engendre généralement pas de coûts directs significatifs. En revanche, elle suppose un investissement en temps de la direction (préparation des briefings, accompagnement des administrateurs, rédaction des kits ambassadeurs). Prévoir environ 5 à 10 % du temps annuel de la direction en soutien à cette mobilisation est une estimation réaliste pour les OBNL de taille moyenne.

Exemples concrets et scénarios applicables

Scénario 1 — OBNL culturel en région : un organisme de diffusion artistique en Estrie peinait à diversifier ses sources de financement au-delà du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) et du Conseil des arts du Canada. À l’initiative de sa directrice générale, un exercice de cartographie du réseau des administrateurs a révélé que deux membres du CA entretenaient des relations avec des entreprises régionales n’ayant jamais été approchées. Un programme de commandites structuré a été présenté à ces entreprises via les administrateurs concernés — résultat : 22 000 $ en commandites corporatives lors de la première année.

Scénario 2 — OBNL d’insertion socioprofessionnelle : un organisme d’employabilité de Laval a créé un comité de développement formel en 2023. Ce comité a joué un rôle direct dans l’obtention d’un financement Emploi-Québec via le programme Intégration en emploi (volet organismes communautaires Emploi), en renforçant la crédibilité du dossier avec des lettres d’appui signées par des membres du CA issus du milieu patronal. Le bailleur a explicitement mentionné la qualité du soutien du CA dans sa lettre d’acceptation.

Scénario 3 — Ce qui ne fonctionne pas : un OBNL de services aux aînés a tenté de déléguer entièrement la rédaction de deux demandes de financement à un administrateur retraité de la fonction publique. Résultat : le dossier a été déposé avec des critères mal compris, un budget non aligné avec les exigences du programme, et sans les annexes requises. La demande a été refusée. La mobilisation du CA doit rester dans le registre de l’appui stratégique et du réseau — jamais dans celui de la rédaction technique.

Boîte à outils : checklist et modèle express

📋 Modèle express — Fiche de cartographie du réseau administrateur

  • Nom de l’administrateur : ___
  • Secteur professionnel principal : ___
  • Organisations avec lesquelles il/elle entretient des liens actifs (employeur, associations, conseils d’administration) : ___
  • Fondations ou programmes de financement connus personnellement : ___
  • Type de contribution souhaité (introductions, représentation, lettres d’appui, autre) : ___
  • Disponibilité estimée pour le développement (heures/année) : ___
  • Date de mise à jour de la fiche : ___

📋 Checklist — Lancement d’un comité de développement au sein du CA

  • ☐ Mandat du comité adopté en résolution par le CA
  • ☐ 3 à 5 administrateurs recrutés sur la base de leurs compétences ou réseaux en développement
  • ☐ Calendrier de rencontres annuel établi (minimum 4 rencontres)
  • ☐ Politique de gestion des conflits d’intérêts liée au développement adoptée
  • ☐ Rôles distincts DG / comité / CA plénière documentés et communiqués
  • ☐ Premier briefing de financement tenu lors de la réunion d’entrée en fonction
  • ☐ Kit ambassadeur préparé et remis à tous les membres du comité

À retenir

  • Clarifiez les rôles avant de mobiliser : le CA appuie et ouvre des portes — il ne rédige pas et ne gère pas. Cette distinction doit être formalisée par écrit et comprise par tous avant de commencer.
  • Cartographiez le réseau dès l’entrée en poste : une fiche de réseau mise à jour annuellement transforme une ressource invisible en levier actionnable. C’est souvent là que se trouvent les meilleures opportunités de financement non exploitées.
  • Créez un comité de développement dédié : concentrer l’implication sur 3 à 5 administrateurs motivés est plus efficace que solliciter uniformément un CA entier dont les membres ont des disponibilités et des intérêts très variés.
  • Préparez vos administrateurs à parler financement : un briefing annuel d’une heure, un kit ambassadeur de 2 pages, et des messages clés validés suffisent pour transformer des bénévoles bien intentionnés en représentants crédibles et utiles.
  • Mesurez la contribution : intégrez des indicateurs de mobilisation du CA dans votre tableau de bord de développement pour ajuster votre stratégie chaque année et démontrer l’engagement de votre gouvernance aux bailleurs.

Questions fréquentes

Un administrateur peut-il rédiger une demande de subvention pour l’organisme ?

Techniquement oui, si ses compétences le permettent et si la direction encadre le processus. En pratique, ce n’est pas recommandé : l’administrateur n’a généralement pas accès aux données opérationnelles précises requises, et cette confusion des rôles crée des attentes difficiles à gérer sur le long terme. La meilleure contribution d’un administrateur compétent en rédaction est de relire et valider — pas de rédiger seul.

Que faire si les administrateurs refusent de s’impliquer dans le financement ?

Cette situation est fréquente, surtout dans les CA recrutés uniquement sur la base de compétences en gouvernance. Deux pistes : d’abord, avoir une conversation directe sur les attentes — certains administrateurs n’ont simplement jamais été informés qu’une contribution au réseau était attendue. Ensuite, revoir le profil de recrutement des prochains administrateurs pour y intégrer explicitement un volet développement. Forcer la participation sans consentement génère de la résistance et des départs.

Comment gérer les conflits d’intérêts quand un administrateur a des liens avec un bailleur ?

L’administrateur concerné doit se déclarer en conflit d’intérêts et se retirer de toute décision liée à ce bailleur (dépôt, suivi, acceptation). Il peut toutefois faciliter une introduction initiale — à condition que cette introduction soit documentée et que la relation soit ensuite gérée exclusivement par la direction. Une politique écrite de gestion des conflits d’intérêts liée au développement est essentielle dès que le CA joue un rôle actif dans le financement.

Le SACAIS ou d’autres bailleurs gouvernementaux exigent-ils l’approbation du CA sur les demandes ?

Oui, plusieurs programmes l’exigent. Le SACAIS demande une résolution du CA attestant que la demande a été autorisée. Patrimoine canadien exige souvent une signature d’un officier élu du CA. Le Programme de soutien aux organismes communautaires (PSOC) du MSSS requiert que le CA ait adopté le plan d’action annuel sur lequel se base la demande. Ces exigences formelles sont une opportunité : elles créent naturellement des moments d’implication du CA dans la démarche de financement.

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